Voyage en miroirs

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L’INTRODUCTION EXCLUSIVE DU LIVRE

Interdit, tout était interdit, ne pas bouger, sonner oui, j’observais, écoutais la nuit, éveillé souvent, pris dans mon film. Ce fil en m’endormant se tissait nuit après nuit de séquences et plans précis. Un vrai film extraordinaire avec un début et une fin.

J’écris aujourd’hui le scénario de ce film qui a existé, créé et projeté simultanément en moi. Acteur et spectateur unique, j’ai souhaité le restituer comme une nouvelle parce que des proches, des amis en écoutant ma narration précise de ce voyage hors normes m’ont incité à l’écrire.

Tout a débuté le 24 avril 2020, crash au milieu de la nuit à domicile, poumons sous l’eau en totale détresse respiratoire à la recherche d’une dernière goutte d’oxygène, prononcer en dernier effort les trois chiffres 1…4…4… séparément à mon épouse, le recours immédiat de l’ambulance, arrivée à double dont une première activée en quelques minutes qui après ma dernière goutte d’air m’a permis de respirer, de vivre, coeur et reins à la dérive, je ne le savais pas encore.

Puis intubé très vite à l’hôpital, coma artificiel section Covid-19 au Chuv, Lausanne, durant dix jours, en finalité un mois entre survie ou pas. Passé quatre tests Covid dont l’un dans les poumons, à la recherche de ce mystérieux virus, résultats tous négatifs. Mon médecin de toujours lui croit fermement à cette virulente attaque, les tests faux négatifs n’étaient pas décelés en ces début de pandémie.

Ces urgences vitales occupèrent médecins et personnel soignant durant quatre semaines aux soins intensifs puis continus de cardiologie, suivirent deux semaines de réadaptation avec une mobilité fortement réduite et une chute de quinze kilos sur la balance.

Je n’ai aucun souvenir conscient au temps du coma, mon film a certainement débuté en cette période hallucinatoire, par contre je me souviens très bien de ces longues nuits sans fin aux soins continus, de l’apparition logique pour moi de cette projection, de ma présence en équation, un film qui s’est construit chaque nuit durant des semaines, se nourrissant de mon quotidien, de séquences passées, actuelles, recomposées, de personnes, actions, lieux et mémoires libérées, imbriquées.

Le tout ne semble pas cohérent, peu importe la véracité, il s’est présenté ainsi, une logique temporelle en son déroulement, celui des lieux, des personnes, des décors, des faits décrits.

L’incroyable à mon esprit, mes yeux, est que ces développements incroyables durant cette période ne concernaient pas un habituel rêve, sporadique, court ou prolongé qui s’éteint en ouvrant les yeux, oublié souvent au réveil.

Davantage un voyage permanent au long cours parsemé de miroirs intemporels, il s’allumait sitôt couché le soir puis se prolongeait de même lors de mes déplacement nocturnes.

Après l’écriture je souhaitais l’intervention de l’image créatrice en double, non en complément, je contactais un dessinateur de bandes dessinées que j’apprécie, Cosey, afin d’illustrer et juxtaposer sa créativité visuelle à cette nouvelle. Il m’a convaincu de poursuivre mes recherches personnelles.

Ainsi mon voyage hors du temps, de mes espaces propres, de mes contacts et raisonnements aujourd’hui se mêle à celui des fondements de la terre crétoise qui miroitent sous la surface de l’eau au rythme de la vie marine.

Je saisissais d’un jet la similitude de ces instantanés miroirs marins à mon intérieur en voyage hors conscience, d’autant que je suis le créateur unique de ces deux miroirs en confrontation.

Cliquetis, voilà le terme que je cherche depuis un moment, un cliquetis métallique, exactement, il émane du son claquant émis par une roue prise dans un engrenage sans fin, la crémaillère très utilisée en montagne par les trains sur des déclivités fortes, indispensable en période de neige et de glace.

Incroyable que dans mon drôle de véhicule amphibie, bateau dirons-nous, une crémaillère puisse nous extraire de l’eau en ce moment. Ce cliquetis régulier hisse le bateau sur le rivage. Il s’enclenche activé par le pilote du bateau vers cette construction sous-marine que les dents du bateau mordent et le hissent à terre, pour le débarquement de quelques personnes et de matériel léger.

Vous n’y comprenez rien, à vrai dire moi non plus, simpliste explication qui triturera mes méninges durant trois allers et retours en ce lac bordant la Tchéquie et la France. 

Oui nous venons de Tchéquie. Le bateau navigue dans les deux sens en voie directe uniquement. Intéressant à chaque extrémité, poupe et proue, avec ce même dispositif le capitaine enclenche la crémaillère.

Je suis au coeur de cette embarcation à l’allure d’un mini sous-marin qui ne plonge pas totalement, s’immerge en partie, long suppositoire noir à l’extérieur. 

A l’intérieur je suis couché sur une civière, elle occupe presque tout cet espace central très assombri. De côté quelques sièges rustiques sur lesquels prennent place les voyageurs de passage, deux infirmières aujourd’hui et un aide pour les  manoeuvres.  Elles m’ont transporté à bord et repartiront à l’escale du départ. 

Un aller simple pour ma part vers un rivage, un quai inconnu. Une voiture devrait m’attendre, ma femme et sa blondasse.  

A l’écoute de ce cliquetis déroutant je saisis très vite que je dois m’extraire de cette civière, poser mes pieds au plancher, me diriger vers ce trou de lumière qui s’ouvre enfin, il indique clairement la sortie.

voyage en miroirs est un livre achevé, une centaine de pages habillées par cette nouvelle et environ cinquante photographies couleur. Cette créationd pourrait être visionnée par une personne, une institution, passionnée à la porter vers l’édition.

Lausanne, septembre 2021  

stramatakis

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